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Subprimes :

By Pierrat, Florian

La crise des subprimes qui a éclaté il y a tout juste dix ans, le 9 août 2007, a montré de nombreuses failles et excès du système financier. Les banques ont donc dû revoir leur mode de fonctionnement comme l’explique Samy Chaar, économiste à la banque privée suisse Lombard Odier. « On aurait presque l’impression que nous commençons à oublier cette crise, c’est vrai. Mais nous sommes marqués au fer rouge par cet épisode. Il y a eu des excès dramatiques à ce moment-là, on ne peut pas le nier.» Il précise que les contrôles et les régulations de la part des États et des gouvernements sont devenus aujourd’hui plus nombreux dans le secteur financier. Cependant, selon lui, « le monde n’est pas à l’abri d’une nouvelle crise».

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LE FIGARO – Une prochaine crise financière est-elle à craindre?

Samy Chaar - « Oui, une prochaine crise peut se produire. Mais je ne pense pas qu’elle prendrait forcément sa source dans le secteur bancaire et des crédits immobiliers. Les leçons des excès et abus de la crise des subprimes ont été globalement tirées. Je ne suis pas sûr que le Portugal et l’Espagne par exemple soient aujourd’hui désireuses de reproduire les mêmes excès que par le passé sur le marché du crédit. Mais aux États-Unis par exemple, il y a aujourd’hui des petits excès portant par exemple des crédits étudiants ou automobiles. Cependant, ces produits pèsent bien peu sur le marché si nous les comparons aux crédits hypothécaires qui ont largement contribué à la crise financière des subprimes. Il y a donc peu de risques que ce facteur soit le point de départ d’une nouvelle crise».

LE FIGARO – D’où viendrait alors cette nouvelle crise?

« Nous pouvons regardere du côté des valeurs du secteur du numérique. Certaines ont des niveaux de valorisation particulièrement élevés»

Samy Chaar, économiste à la banque Lombard Odier

S.C – « Si une crise survenait aujourd’hui, les abus devraient plutôt provenir d’économies ou de secteurs qui n’ont pas forcément connus par le passé les mêmes dérives. On a toujours tendance à regarder et surveiller là où il y a eu des problèmes antérieurement. En l’occurrence, les yeux sont tournés vers le secteur bancaire. Mais on ne va pas forcément aller voir ce qu’il peut se passer dans d’autres secteurs. Nous risquons d’être surpris de la cause d’une prochaine crise. Des excès viendront peut-être de la Chine, notamment sur la question du crédit. Nous pouvons aussi regarder par exemple du côté des valeurs du secteur des nouvelles technologies et du numérique. Certaines ont des niveaux de valorisation particulièrement élevés. On pourrait peut-être aussi assister à un phénomène d’exagération dans ce secteur. Mais rien n’est encore défini, on ne sait pas encore d’où elle peut arriver, il faut donc rester vigilant».

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LE FIGARO – Si une nouvelle crise survenait aujourd’hui, est-ce que les instances dirigeantes auraient les remèdes pour la résoudre?

S.C – « À ce stade, on ne peut pas connaître les solutions pour résoudre d’éventuels problèmes. Mais les banques centrales comme les autorités fiscales ne laisseraient pas les systèmes économiques péricliter sans se battre. Cela s’est vu par le passé avec les différentes crises au XXe siècle. Il y a toujours eu des solutions plus ou moins efficaces, plus ou moins bonnes ou mauvaises, mais qui ont toutefois permis de préserver nos systèmes économiques».

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