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Scandale de la NSA : la France savait

By Guerric Poncet

Depuis que de nouveaux documents prouvant que les présidents français ont été espionnés par la NSA ont été publiés mardi soir par WikiLeaks, avec l’aide de nos confrères de Mediapart et de Libération, les réactions pleuvent. François Hollande, ciblé comme ses deux prédécesseurs Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, a même convoqué un conseil de défense en urgence, mercredi matin. À l’issue de la réunion, le président a d’ailleurs rappelé que ces  » faits inacceptables ont  » déjà donné lieu à des mises au point entre les États-Unis et la France. Un aveu qui montre que la situation était déjà évidente aux yeux de Paris, même si les documents publiés mardi par WikiLeaks apportent des preuves concrètes et illustrent l’étendue très vaste des écoutes.

Non seulement les documents dévoilés par Edward Snowden dès 2013 montraient que Washington a un œil très indiscret sur la France, mais d’autres indices sont venus renforcer les suspicions, par exemple le système d’écoutes repéré en 2013 sur le toit de l’ambassade américaine à Paris, à quelques pas de l’Élysée. Une installation de barbouze qui est toutefois largement répandue dans les ambassades du monde entier.

Sauver les apparences

Aujourd’hui, la Maison-Blanche assure qu’elle n’espionne plus les présidents français. Et pour cause : elle n’a plus besoin de le faire ! Sa nouvelle stratégie consiste à demander aux autres d’espionner pour elle. Chaque pays qui souhaite des informations de la NSA sur ses propres ressortissants ou pour défendre ses intérêts doit fournir des informations sur les cibles que Washington ne peut ou ne veut pas écouter directement.

En se fondant sur des documents fournis par Edward Snowden, le Spiegel a ainsi prouvé il y a quelques semaines que Berlin a espionné Paris et les institutions européennes pour le compte de la NSA. Alors que des documents publiés là encore par Edward Snowden suggèrent que Paris fournit des informations sur ses amis africains à Washington, qui manque cruellement d’implantations sur le continent. D’autres exemples d’espionnage entre amis ? Dès 2008, les hackers des services secrets britanniques se sont installés pour le compte de la NSA dans les serveurs de l’opérateur de télécoms des institutions européennes, Belgacom. L’objectif de cette  » Operation Socialist était évidemment de mettre Bruxelles sur écoutes, de l’intérieur.

Alors, on se demande bien ce qu’ont pu se dire le président François Hollande, le Premier ministre Manuel Valls, le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, celui de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll et les chefs du renseignement français, durant l’heure qu’a duré le conseil de défense mercredi matin. Ils ont probablement moins parlé d’espionnage que de stratégie de communication pour sauver les apparences devant les Français, auxquels il serait peut-être sain qu’un président explique une bonne fois pour toutes que, même entre alliés, on ne vit pas chez les bisounours.