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Les expressions à bannir au bureau : «Grosso merdo !»

By Périnel, Quentin

LE BUREAULOGUE – Chaque lundi, Quentin Périnel, journaliste et chroniqueur au Figaro, décrypte un mot ou une expression grotesque que nous prononçons au bureau et qu’il faut éradiquer de notre vocabulaire.


Crédit: Studio Figaro. (DR).

J’ai rarement entendu une expression aussi grotesque. Et Dieu sait, pourtant, que j’en entends à longueur de journée pour pouvoir nourrir cette chronique durant une seconde saison! « Grosso merdo», vous allez encore pouvoir découvrir cette année une cinquantaine d’expressions et tics de langages à bannir absolument au boulot. Peu importe votre domaine d’activité. À commencer par l’expression sus-citée! De quoi « grosso merdo» est-elle le nom? D’une infâmie linguistique que vous avez dénoncée à moult reprises sur les réseaux sociaux et dans divers billets de blog. Il s’agit d’une vulgarisation doublée d’une beaufisation de la locution latine « grosso modo» qui signifie « dans les grandes lignes.» À peu près. Plus ou moins. Peu ou prou. La langue française ne manque pourtant pas de formule pour exprimer cette approximation!

Selon le Littré, la première apparition de « grosso modo» remonterait au XIVème siècle. Pourquoi diable préfère-t-on utiliser, en entreprise, sa variante incluant le fameux « merde» du général Cambronne? Parce que si la locution latine a une connotation intellectuelle, sa variante porte en elle un côté « débrouillard», plus concret, qui est appréciable en entreprise. Quelqu’un qui prononce à tort et à travers « grosso merdo» est quelqu’un qui met en avant ses capacités à se « démerder». « La deadline est vraiment très serrée, mais si l’on se concentre exclusivement là-dessus et qu’on mobilise trois collaborateurs supplémentaires sur le projet, on devrait grosso merdo avoir une base solide d’ici la fin du mois de septembre», explique, serein, un cadre à son directeur général. « La courbe de croissance devrait s’accentuer d’ici le troisième trimestre, on devrait partir grosso merdo sur du 2,7%», soutient d’un ton enjoué un consultant en stratégie à son client.

Soyons clair: si vous trouvez que cette petite pirouette linguistique est facétieuse et respectable, vous faites fausse route! « Grosso merdo» fait partie de ces rares expressions épidermiques qui hérissent le poil à la seconde où on les entend. Faites le test en réunion: l’effet est garanti. En revanche, lorsque vous demanderez une augmentation à votre N+1, évitez le « je voudrais grosso merdo une augmentation de 10K annuels». Vous ne l’aurez pas. Même si vous la méritez. Un seul mot est parfois rédhibitoire pour faire vaciller une argumentation pourtant bien huilée!

Pour le bien de cette chronique, soumettez-moi les horreurs que vous entendez autour de vous au bureau. Je vous répondrai à @quentinperinel sur Twitter et qperinel@lefigaro.fr par mail.