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La fibre optique va coûter 15 milliards de plus que prévu à la France

Pour la première fois, la Cour des comptes a décidé de se pencher sur le dossier du déploiement de la fibre optique en France. Dans un rapport rendu public ce mardi matin, l’autorité craint un dérapage budgétaire, avec un coût global de près de 35 milliards d’euros, au lieu des 20 milliards programmés. Et les délais ne seraient même pas tenus. Il faudra probablement attendre 2030 pour voir 100% des entreprises et des foyers français connectés au très haut débit, au lieu de 2022. Les objectifs dans le Plan France très haut débit (THD) de 2013, semblent bel et bien impossibles à tenir. Or, la France est déjà en retard par rapport à ses voisins européens. Elle pointe au 24e rang sur les 28 pays de l’Union, avec seulement 15% des foyers dotés d’un abonnement au très haut débit.

«Il existe une impasse de financement d’au moins 12 milliards d’euros après 2022, aussi bien en ce qui concerne le budget de l’État, que celui des collectivités locales», note le rapport. Les raisons de ce dérapage annoncé sont à chercher dans le mode calcul retenu par l’État pour évaluer les besoins en financements. Il a appliqué les mêmes règles que celles des opérateurs télécoms. Or, ces derniers font figurer dans leurs dépenses d’investissement le déploiement du réseau. Ils omettent les frais liés au raccordement final des usagers à la fibre, qui eux figurent dans les dépenses commerciales. Phénomène aggravant pour les finances publiques: la partie du territoire nationale où l’installation de la fibre est en partie financée par l’État et par les collectivités locales est justement celle où le prix du raccordement est le plus élevé. Il s’agit des zones les moins densément peuplées, couvertes par les réseaux d’initiative publique (RIP). «Le co-investissement privé n’est pas au rendez-vous en raison de l’absence actuelle des réseaux publics», poursuit la Cour des comptes.

«Les opérations les plus faciles ont été réalisées en premier»

Selon ce même rapport, un objectif sera toutefois tenu, celui de voir 50% des foyers raccordés au très haut débit fixe en juin 2017. Et pour cause, «les opérations les plus faciles ont été réalisées en premier», dans les zones les plus densément peuplées. Le risque est donc de voir s’aggraver les inégalités entre les régions françaises, avec une lignée partage séparant les grandes agglomérations fibres et les territoires encore privés d’Internet à très haut débit.

La Cour des comptes estime qu’il n’est pas trop tard pour agir. Elle préconise de revoir les objectifs du Plan, en maintenant l’ambition de 100% d’usagers reliés au très haut débit, mais plus avec 80% de fibre. D’autres moyens techniques pourraient être mobilisés pour parvenir aux 30 mégabits/seconde de débit, qui définissent le très haut débit. Le câble et ses 9 millions de prises déjà installées en fait partie, tout comme le VDSL2 (choisi par l’Allemagne et la Grande-Bretagne), le satellite ou la boucle locale radio THD. Ces solutions permettent de répondre «aux besoins actuels des usagers», selon la Cour des comptes, même si, à moyen et à long terme, la fibre reste la technologie la plus à même de répondre aux besoins sans cesse croissants des usagers.

Le retard français dans le très haut débit fixe pose aussi la question de l’avenir de son réseau cuivre, développé pour apporter le téléphone à tous les ménages, puis utilisé pour l’accès à Internet à ses débuts. La qualité satisfaisante de ce réseau pour un grand nombre de consommateurs freine la demande pour la fibre.