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Grèce : le dernier coup de poker de Tsipras

By Marc Vignaud

La semaine dernière, les observateurs du bras de fer avec la Grèce se montraient encore plutôt confiants. Le non-remboursement par Athènes de 1,6 milliard d’euros dus mardi 30 juin au Fonds monétaire international (FMI) ne devait pas signer la fin des négociations avec ses créanciers. Le fait de ne pas honorer ses engagements auprès de l’institution dirigée par Christine Lagarde ne serait pas considéré comme un défaut de paiement aux yeux des agences de notation, expliquaient-ils. La BCE pourrait donc continuer à considérer les banques grecques (détentrices de l’essentiel de la dette grecque encore aux mains du secteur privé) comme solvables et donc éligibles à la liquidité d’urgence fournie par la Banque (centrale) de Grèce pour faire face aux retraits massifs des dépôts.

Las ! La volte-face d’Alexis Tsipras dans la nuit de vendredi à samedi, et alors que les négociations étaient toujours en cours, a fait voler ce scénario en éclats. Le Premier ministre grec a décidé unilatéralement de mettre un terme aux négociations avec ses partenaires pour en appeler au peuple au travers d’un référendum, dimanche 5 juillet.

Une question sur un programme expiré !

Face à un tel renversement de situation, ses partenaires de la zone euro ont répliqué en refusant d’étendre leur plan d’aide du 30 juin (et les financements encore disponibles) jusqu’au dimanche 5 juillet, le temps de laisser les Grecs se prononcer et reprendre éventuellement la négociation. Une position intransigeante justifiée à leurs yeux par l’appel du gouvernement grec à voter  » non sur une proposition de réformes contre argent frais, non finalisée de surcroît.

La véritable échéance a donc été reportée au 5 juillet, voire au 20 juillet, quand la Grèce devra rembourser 3,5 milliards à la BCE elle-même. Il est en effet difficile d’imaginer celle-ci couper sa ligne de liquidité d’urgence aux banques grecques avant de connaître la réponse des Grecs au référendum. Alexis Tsipras s’est engagé à appliquer le plan des Européens en cas de  » oui. Un engagement qui manque toutefois de crédibilité aux yeux des autres Européens. Comment croire qu’un gouvernement applique un plan qu’il a combattu de toutes ses forces ?

Une question incompréhensible pour le commun des mortels

Nombreux sont en tout cas les responsables européens qui clament que les Grecs trancheront dimanche sur leur avenir dans la zone euro. Ni plus ni moins. L’analyse d’Alexis Tsipras est évidemment tout autre. Le Premier ministre de la gauche radicale veut au contraire que son peuple se prononce sur ce qu’il considère comme un  » ultimatum de ses créanciers. La question qui sera posée, dévoilée lundi dans l’après-midi, est à ce titre révélatrice :  » Le projet d’accord soumis par la BCE, le FMI et la Commission européenne lors de l’Eurogroupe du 25 juin, composé de deux parties composant l’intégralité de leur proposition, peut-il être accepté ? Le premier document est intitulé  » Réforme pour l’achèvement du programme en cours et au-delà » et le second,  » Analyse préalable de la soutenabilité de la dette », un document technique qui évalue si la dette pourra être un jour remboursée et qui aurait pu constituer une base pour un allègement éventuel de celle-ci.

Référendum sur l’austérité ou sur le maintien dans la zone euro ?

On ne saurait faire plus abscons. En grec, sur le bulletin de vote, elle tient en… 17 lignes ! Traduit dans le langage politique du gouvernement Tsipras, on pourrait la résumer ainsi :  » L’ultimatum de la BCE, du FMI et de la Commission européenne lors de la réunion des ministres des Finances du 25 juin, qui se limite à des mesures d’austérité pour achever l’ancien programme imposé et à une analyse technique de la soutenabilité de la dette peut-il être accepté ?

Alexis Tsipras mise donc évidemment sur le  » non, ce qui lui donnerait, pense-t-il, un nouveau levier de négociation, Angela Merkel ne pouvant prendre le risque de laisser Athènes quitter l’Union monétaire. Le pari est risqué, la chancelière allemande étant soumise à une forte pression de son électorat et de son propre parti.

Le discours très dur du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, longtemps considéré comme une sorte de médiateur entre la Grèce et les autres États, a montré lundi à quel point la frustration des dirigeants européens est grande vis-à-vis du gouvernement grec et sa stratégie de négociation depuis le début de la crise. Même Michel Sapin, pourtant présenté par le ministre des Finances grec, le très controversé Yanis Varoufakis, comme un de ses meilleurs alliés dans la négociation, a dénoncé samedi le revirement grec. Une rupture au pire moment, selon lui, alors que la France aurait obtenu un plan global de résolution de la crise. En clair, les Européens auraient été prêts à examiner une restructuration de la dette grecque en échange de nouveaux efforts budgétaires et de réformes…