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Architecture : prix Pritzker posthume pour Frei Otto

By Frédéric Therin

Il aura reçu la bonne nouvelle juste avant de pousser son dernier soupir. L’architecte allemand Frei Otto est décédé lundi, à l’âge de 89 ans, quelques jours après avoir appris qu’il allait recevoir le Prix Pritzker. Cet ancien pilote de la Luftwaffe, qui avait été emprisonné deux ans dans un camp à Chartres après que son avion eut été abattu, s’était déclaré “tellement content” de recevoir ce véritable Nobel de l’architecture, même s’il jugeait qu’il n’avait “jamais rien fait pour le gagner”.

Le comité qui l’a choisi a voulu saluer ses “idées visionnaires, son esprit curieux, sa foi dans le partage de la connaissance et des inventions, son esprit de collaboration et son souci d’utiliser avec soin les ressources”. Ses créations étaient “légères, ouvertes sur la nature et la lumière du jour, [au contraire] de la lourde architecture à colonnes de l’Allemagne national-socialiste dans laquelle il avait grandi”, ont estimé les jurés du prix Pritzker, qui ont déjà récompensé les Français Christian de Portzamparc et Jean Nouvel.

Architecture sociale

Visionnaire, cet architecte, qui souhaitait selon ses propres dires “dessiner de nouveaux types de construction afin de venir en aide aux pauvres, et plus particulièrement aux victimes de désastres et de catastrophes naturelles”, a toujours cherché à utiliser des structures légères pour ne pas dire aériennes “à cause de leur intérêt économique et écologique”, résume le comité. Il “pensait qu’il fallait utiliser les matériaux de manière efficace, responsable, et que l’architecture devait avoir un impact minimal sur l’environnement”, conclut le jury. Son “approche holistique et collaborationniste” lui a également permis de travailler avec des personnes extérieures à son secteur comme des biologistes, des historiens et des artistes.

S’il a notamment réalisé le pavillon de l’Allemagne à l’Exposition universelle de 1967 à Montréal, ainsi que le pavillon du Japon à l’Expo 2000 de Hanovre, Frei Otto est surtout connu pour sa toiture du Parc olympique de Munich, qui a accueilli les Jeux olympiques en 1972 et la Coupe du monde de football deux ans plus tard. Soutenue par 58 mâts de 50 à 84 mètres de hauteur et de 3,5 mètres de diamètre, cette structure de 74 800 m2 faite de panneaux de plexiglas recouvre un stade de 69 250 places, mais aussi un palais des sports et un complexe nautique. Cette gigantesque tente transparente a très bien résisté à l’épreuve du temps et aux fortes chutes de neige qui tombent chaque hiver en Bavière. Quarante-trois ans après son inauguration, elle a permis à son architecte de recevoir le prix Pritzker… juste à temps.