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Air France-KLM passera-t-elle sous pavillon chinois ?

By Collet, Valérie

Air France-KLM pourrait-elle passer sous le contrôle d’une compagnie chinoise ? Ce lundi, les actionnaires ont voté à une très large majorité l’entrée au capital de China Eastern… et de l’américaine Delta Air Lines.

Air France-KLM est-elle sur le point de passer sous pavillon chinois comme certains l’imaginent? Ce lundi, une assemblée générale extraordinaire a donné son feu vert à l’arrivée de deux nouveaux actionnaires au capital du groupe. L’entrée du géant chinois de l’aérien, China Eastern, a été approuvée à 95,04% par les actionnaires et celle de l’américain Delta Air Lines à 94,64%.

Chacune détiendra 10% du groupe via une augmentation de capital réservée avec un prix de l’action à 10 euros. L’une et l’autre seront représentées par un administrateur: Monsieur Bing Tang pour China Eastern, et Gorge Mattson pour Delta. Conséquence de l’augmentation de capital, la part de l’Etat français passera à 14% au lieu de 17,6% précedemment.

Perte d’indépendance?

Pour certains actionnaires et salariés du groupe, l’arrivée des deux compagnies étrangères au capital du groupe franco néerlandais est vécue comme une menace. La CFDT, pourtant sensible à la « dynamique de conquête», évoque une « perte d’autonomie dans la gouvernance». Dans un « point de vue» publié sur latribune.fr, deux pilotes d’Air France – Bernard Pedamon, ancien administrateur d’Air France et d’Air France-KLM, et Philippe Raffin, ancien vice président du SNPL d’Air France – enfoncent le clou: « Cette augmentation de capital réservée engendre, à terme, le risque d’une perte d’indépendance du groupe AFKL, avec l’approbation surprenante de l’État français (…). Pour l’Europe, ce n’est assurément pas une bonne nouvelle puisque, après le groupe IAG (dont 20% du capital est déjà détenu par Qatar Airways), le groupe Air France-KLM pourrait lui-même tomber un jour sous le contrôle du groupe américain ou du groupe chinois».

Même réticence exprimée lundi lors de l’assemblée générale: un actionnaire a estimé qu’en menant une telle opération – avec un prix de l’action à 10 euros- les dirigeants « bradaient le patrimoine national».

Deux compagnies à parts égales pour préserver l’équilibre

L’identité européenne d’Air France-KLM est-elle donc en danger? C’est loin d’être le cas. D’abord, aucune compagnie non européenne ne peut détenir la majorité du capital d’une compagnie originaire du Vieux continent. Mais sans aller jusque là, Delta et China Eastern ne pourront à terme pas dépasser les 13% du capital du groupe selon les termes de l’augmentation de capital.

Enfin, Jean-Marc Janaillac, le président du groupe, a veillé à préserver un équilibre « stratégique», avec l’arrivée, à parts égales, de deux actionnaires qui défendent chacun leurs intérets commerciaux: Delta mise sur le trafic transatlantique – y compris avec Virgin Atlantic dont Air France-KLM prend 31% – et de son côté, China Eastern compte développer les routes entre la Chine et l’Europe. La mise sous tutelle « étrangère» du groupe franco-néerlandais n’est donc pas pour demain.